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Élections à Cornwall
Par Paul Saccà, CIMI Sports
« La quoi? »
« La ligue nord-américaine »
« Connais pas… »
« La ligue où jouent Marco Charpentier, Frédéric Bouchard et
Éric Perricone ».
« Qui? »
« Pat Côté, Jacques Dubé et Derek Parker »
« Ah! oui, c’te gang-là… »
Cornwall est une ville étrange. Juste assez vieillotte pour
être pittoresque et suffisamment moderne pour être
parfaitement fonctionnelle. Elle longe le fleuve St-Laurent
sur toute sa longueur par une route qui s’appelle la
Montreal Road.
On se surprend de la rapidité avec laquelle on traverse
Cornwall. Certes, la ville est minuscule bien qu’habitée par
plus de 46,000 habitants mais on y trouve très peu de feux
de circulation, ce qui fait qu’à peine entré de huit ou neuf
kilomètres qu'on se retrouve déjà sous l’imposant Seaway
International Bridge qui marque les derniers kilomètres
avant Long Sault.
C’est toute une différence avec la ville de Québec où les
pauvres conducteurs qui ont le malheur d’y résider doivent
s’arrêter à tous les 100 pieds par un nombre exponentiel de
feux désynchronisés auxquels on a ajouté des passages de
piétons qui se déclenchent automatiquement même s’il n’y
personne sur le coin des rues, et ce peu importe l’heure du
jour ou de la nuit.
Je suis un être bourré de préjugés. En fait, je les ai à peu
près tous, mais à ma liste, j’ai maintenant ajouté les
ingénieurs en urbanisme.
Une petite ville? Cornwall? Trois arénas, cinq terrains de
golf, sept terrains de tennis, 40 parcs publics, 33 écoles,
16 terrains de base-ball, trois terrains de football, une
marina et une superbe scène de spectacles extérieure avec le
fleuve comme décor naturel que traverse une magnifique piste
cyclable de plusieurs dizaines de kilomètres que j’ai
parcourue sur toute sa longueur puisque j’ai la maladie
d’apporter mon vélo partout où je vais.
Autrefois, elle s’appelait Johnstown. On l’a renommée
Cornwall en 1945 en l’honneur du Duc de Cornouailles. La
ville est bilingue et les citoyens se fendent le cul pour
parler français avec les Québécois. Cornwall a même sa
cathédrale francophone contenant un orgue magnifique avec
chamades, instrument joué par un organiste parisien, mon
cher…
L’an dernier, Cornwall a eu son club sénior AA dans la
défunte ligue de fous qui fut un des chapitres les plus
tristes de l’histoire du hockey québécois. Les Komets, une
des meilleures équipes de ce circuit, évoluaient au Centre
civique qui renferme le superbe aréna Ed Lumley, un
gigantesque complexe intermédiaire de 4000 places qui se
vante d’avoir une des meilleures glaces au Canada. Dans le
même bâtiment, à la sortie de l’aréna, on tombe directement
sur le restaurant de Don Cherry que même les Ontariens nous
déconseillent.
On connaît peu la LNAH à Cornwall, mais les yeux des
amateurs s’illuminent quand on leur apprend que St-Jean,
leur farouche rival, évolue maintenant dans ce circuit.
« Un club sénior marcherait bien ici, mais il entrerait en
compétition contre les Colts (junior A) qui évoluent au Si
Miller Arena (1500 places) et qui a ses fanatiques. Du
sénior à 15$, c’est pas donné mais s’il y a de la bagarre,
on va bien trouver le moyen d’y aller ».
Cornwall est une grande ville de hockey. Elle située
exactement à mi-chemin entre Montréal et Ottawa (1 heure de
chacun), mais tout le monde prend pour les Sénateurs et les
Leafs. Les amateurs sont bien au fait de l’actualité
sportive :
« Il y a de la place pour un club sénior mais sa survie ne
sera assurée qu’à condition que le maire ne se mette plus le
nez dans la patante. Son règlement sur la bière est un
échafaud pour l’administration d’un club de hockey ».
Cornwall a peut-être la solution entre ses mains puisqu’elle
est présentement en élections municipales. Les citoyens
piquent les pancartes de leurs favoris sur leur pelouse
comme des flamands roses ou des nains de jardins. J’ai même
vu l’affiche d’un candidat enfoncée à côté d’un ricin, un
arbre étrange aux feuilles monstrueuses et dont l’huile
donne une chiasse démentielle.
Michel Gaudette est obsédé par plusieurs choses. Par
Cornwall, entre autres. Là-dessus, toutefois, il a
parfaitement raison et il fait bien de garder l’œil sur ce
territoire qui cadrerait magnifiquement avec la LNAH. Reste
à savoir si le résultat des élections aura des répercussions
sur les projets d’avenir du commissaire en ce qui a trait à
une ville qui sent définitivement le hockey et où il bon
aller.
J’ai vu Cornwall et je l’ai aimée. J’ai pensé ensuite me
diriger vers Chandler mais comme la piste cyclable ne s’y
rendait pas, on me conseilla de couper court et traverser
par la forêt.
J’ai changé d’idée…
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