La modération
a bien meilleur goût… … même dans le milieu du hockey !
Réal-Jean Couture
La préparation de la prochaine saison de
hockey senior va bon train dans certains circuits, mais
accuse du retard significatif dans d’autres. Au point de
susciter certaines inquiétudes plus que légitimes.
Dans la LNAH, il semble que les choses
aillent au beau fixe. Même les équipes dites ‘retardataires’
en Thetford-Mines et Saint-Georges en sont à leurs annonces
régulières quant aux signatures, ce qui devrait ouvrir la
porte à la vente des abonnements de saison.
Dans ces deux cas comme dans
celui de Québec notamment, reste à savoir si les annonces
tardives soit de survie d’équipes, soit des signatures de
contrats, auront un effet significatif sur le nombre des
abonnements de saison.
Quant aux joueurs, dans
l’ensemble du circuit, il semble bien que la vaste désertion
de la part des meilleurs joueurs sera évitée. Il y en a, et
il y en aura d’autres. C’est inévitable et c’est comme ça
tous les ans. Mais je commence à me convaincre que cela ne
devrait pas être pire cette année que dans les années
passées.
LA LCH SIGNE
BEAUCOUP
Autre circuit qui démontre
une santé – dirais-je insoupçonnée – est la LCH-AAA du
président Clément Vallières. Plusieurs équipes démontrent en
effet depuis quelques semaines, une vitalité exceptionnelle,
dont Shawinigan, Montmagny et Charlevoix notamment.
Vitalité qui se signale par
les signatures de contrats et même des changements de noms
avec l’arrivée de commanditaires majeurs, Bravo ! On a même
assisté à un regain majeur dans le cas de Rivière-du-Loup
avec l’arrivée de Mario Roberge comme entraîneur chef et
surtout, à la surprise de plusieurs, de Francis Dubé comme
‘homme orchestre’ en matière de hockey, après avoir joué ce
rôle à La Pocatière pendant de nombreuses années.
Ce changement de club par
Dubé n’est pas sans susciter bien des remous dans ces deux
villes qui ne sont qu’à ± 60 kilomètres de distance sur la
20. Et quelque chose me dit que l’escalade dans l’animosité
est loin d’avoir atteint son sommet entre les amateurs des
deux équipes et même, possiblement, au 2e étage
de ces deux formations. Tant que ça demeurera civilisé, pas
de problème. Mais le hockey à ce niveau étant une affaire
d’émotions, peut-on craindre que l’on oublie que la
modération a bien meilleur goût ?
ESCALADE
FINANCIÈRE
Autre aspect qui suscite mon
inquiétude est la montagne d’informations touchant les
salaires qui seront versés aux joueurs encore cette année.
On me dira que la LNAH a baissé sa masse salariale de 25 000
$ à 16 500 $ par semaine de deux rencontres. Je veux bien,
mais je suis toujours dans l’attente du mécanisme qui
viendra contrôler ce plafond de 8 250 $ par rencontre. Là
dessus, Me Michel Gaudette a encore des devoirs à faire pour
rassurer à la fois les amateurs, les dirigeants des équipes
et les gérants de banque.
Pendant ce temps, dans la
LCH-AAA, si Clément Vallières multiplie les appels à la
prudence en matière financière, les informations qui
circulent me laissent perplexe. J’ai de la misère avec
l’information voulant que des joueurs de la LNAH y soient
recrutés à raison de 650 $ à 800 $ par rencontre. Si
certaines équipes dites ‘riches’ peuvent possiblement se le
permettre, d’autres avec des assistances moindres et des
moyens plus limités devront soit s’endetter, soit tendre la
main à des mécènes, soit essuyer des déficits qui pourraient
mettre en péril leur existence avant même la fin de la
saison qui n’a pas encore pris son envol.
J’ai reçu des courriels d’amateurs qui
s’inquiètent des effets de la signature de Benjamin
Carpentier par Shawinigan et par les efforts de recrutement
de la part de Shawinigan, Sainte-Marie et Pont Rouge quant
aux joueurs vedettes de la LNAH qui ne changeront pas de
niche pour des salaires moindres, surtout que certains en
sont à leurs dernières années sous ce régime privilégié du
double emploi – vie professionnelle et hockey. Comme on
s’interroge sur les coûts de la venue de Chris Montgomery
avec le CIMT de Rivière-du-Loup.
LES LEÇONS DE L’AN DERNIER
Peut-on comprendre, à la lueur de ce qui
précède que certains n’ont pas appris de l’an dernier, ne
retiennent rien du fait que pas moins de 20 équipes senior
au Québec ont fermé leurs portes dans les derniers 18 mois,
que les faillites se succèdent à un rythme inacceptable dans
cette industrie ?
Il faut – à ce stade – se poser la question.
Si j’indique toujours attendre les modes de contrôle de la
part de la LNAH, il est à se demander si le circuit
Vallières ne devra aussi étudier des modes qui assurent la
pérennité de ses équipes. S’il n’y a pas lieu encore de
paniquer, il y a péril en la demeure, c’est certain.
Le circuit se réunira lundi soir pour
discuter de sujets majeurs comme le calendrier, le mode des
séries, certaines règles territoriales, promotion et
marketing. Mais la question financière devra être mise à
l’ordre du jour. La réflexion s’impose avant qu’il soit trop
tard.
Vallières est le premier à savoir que son
circuit compte encore huit (8) équipes, malgré la perte de
Lotbinière, ayant pu récupérer Jonquière de la défunte (?)
LHSP non fédérée. Mais il n’aura pas cette veine à tous les
ans de trouver un ou des sans abris pour combler les chaises
vides.
Vallières a la chance de diriger le plus
vieux circuit majeur organisé au Québec, au niveau senior.
La LCH amorcera en effet sa 29e saison. Sans lui
dicter, il est clair qu’il se doit lundi soir d’y aller d’un
rappel à l’ordre à l’endroit de gens qui peuvent avoir les
yeux plus grands que la panse. La saison est très jeune,
trop même, pour voir certains appétits faire craindre des
indigestions financières chez un circuit qui – à ce jour –
semblait reposer sur du roc très solide.
ET AILLEURS…
On me dira alarmiste, mais comment ne pas
l’être, quand on regarde ailleurs, au hockey senior. Voyons
un peu…
.- Le circuit senior A dans l’Estrie
plonge-t-il aussi dans l’escalade financière quand on
consulte la liste des signatures qui s’accumulent ? Certains
directeurs d’équipes AAA notamment semblent vouloir sonner
l’alarme. Laissons le président Livernoche agir, pour le
moment. On verra bien si tout ça se confirme…
.- La Ligue senior du Saguenay/Lac-Saint-Jean
– l’an dernier en AAA – n’aurait que deux équipes confirmées
à ce jour pour la prochaine saison : Roberval et
Chibougamau. Alma pourrait être la 3e équipe
tandis que la survie de Forestville est interrogative en
raison du retrait vraisemblable des propriétaires. On parle
de déménager la franchise chez les autochtones, à
Betsiamites, mais il y a là un beau panier de discordes,
notamment en raison des droits acquis des uns et de la
limitation du nombre de joueurs disponibles…
.- Toujours dans la LHSNEQ, on indiquerait du
côté de la direction qu’une fois les décisions prises à
Forestville et Alma, la ligue annoncera poursuivre ses
activités à 4 équipes, toutes les autres possibilités de
nouvelles franchises ayant été refusées. Les prochains jours
pourraient être déterminants dans ce circuit…
.- En Gaspésie, la Ligue des Côtiers senior C
– non fédérée – poursuivra ses activités avec cinq (5)
équipes alors que Gaspé, Grande-Rivière, Rivière-au-Renard,
Murdochville et Sainte-Anne-des-Monts seront encore en
activité tandis que Bonaventure se retire. Si la nouvelle
semble très officielle, elle ne parvient pas encore des
autorités du circuit qui n’a émis aucun communiqué depuis
son assemblée annuelle des 19 et 21 juin. Et la ligue a une
nouvelle présidente en Christiane Babin de Murdochville…
.- Là encore, on indique vouloir vérifier
auprès de Matane et Paspébiac si leurs manifestations
d’intérêts à joindre le circuit y sont encore. Il faudra
avoir réglé le tout dans les prochains jours car la réunion
du 22 août doit décider de la forme de calendrier et du mode
des séries…
.- Quant à la LHSEQ, on se hâte lentement.
Malheureusement! Mais l’assemblée générale annuelle du 27
août prochain – confirmée par le président du circuit –
devrait statuer sur bien des dossiers, dont le recrutement,
les joueurs importés, le mode des séries. On indique être
certain de compter sur cinq (5) équipes à Matane, Amqui,
Chandler, Paspébiac et Trois-Pistoles et que le calendrier
sera de 28 parties, on rajeunira le site internet de la
ligue et que la saison ne débutera qu’une fois la chasse
terminée…
.- Mais là aussi, il y a interrogations,
notamment qu’on nous confirme que les cahiers de charge de
Trois-Pistoles, de Paspébiac et de Chandler ne sont pas
déposés, qu’on ne peut trouver aucun propriétaire imputable
pour la franchise de Paspébiac et qu’il y a un manque
chronique de joueurs dans le secteur de Paspébiac pour
former une équipe représentative…
.- Pendant ce temps, alors qu’aucune équipe
ne fait d‘annonces ni pour le personnel hockey, ni pour les
joueurs, Matane y va de signatures coûteuses avec le gardien
Éric Salvail, le défenseur Michel Véronneau et l’attaquant
Dominic Rhéaume. Peut-on prêcher une baisse des budgets de
25 à 30 % en engageant des joueurs dont certains iront
chercher de 600 à 700 $ par fin de semaine, sous la table,
dans un circuit qui aura tendance à être du Senior A fort ?
Se peut-il que la baisse de ± 40 à 50 % des assistances l’an
dernier et les faillites à Paspébiac, Chandler et Cap Chat
n’aient rien enseigné ? Que déjà semble poindre à nouveau le
régime des marchés riches et des marchés pauvres ?
Inquiétant, non ?
Comme quoi la notion voulant que la
‘modération a bien meilleur goût’ doit aussi s’appliquer
partout. Surtout que dans l’Est, la prudence est aussi
dictée par les nouvelles économiques qui n’ont rien, mais
rien d’encourageant. Refuser de comprendre ce message,
jumelé au fait que la fusion des deux circuits n’a pas
réussi – laissant encore place à la surenchère chez les
joueurs – fait en sorte que les lunettes roses n’ont pas
leur place dans l’entourage du hockey senior.